Construire collectivement une pensée individuelle…enfin presque :)

65 mails

Ça m’attendait ce matin sur mon ordinateur de télétravail. Comme un coup de massue. 65 messages de vide. Aucun qui ne soit vraiment nécessaire, sans parler des spam et des doublons.
Dehors le bruit de la route qui reprend sa circulation, « t’entends les voitures » dis-je affolée à mon compagnon, flegmatique.
Ça me déprime. J’ai une monté de colère, une sensation assez familière.

Ça va donc recommencer comme avant. Je n’en ai jamais douté. Je me prépare, je me conditionne dans ma tête à ce que ça reprenne : le travail, les couches successives de tâches inutiles, le brassage d’air partout, sur internet et dans les rues. La lasagne des activités va reprendre de plus belle, il faudra rattraper le temps perdu, rattraper la production de documents, d’idées, de pensées, de gestes. Déjà ça allait vite. Et puis cette pause qui arrive et dans laquelle j’étire mes membres, je place toutes mes articulations, je dépose mes organes. Tout cela prend du temps : en gros je me déplie. Je trouve mon rythme.

Et puis vlan, 65 mails, le retour à la réalité 15 jours avant. Ça va être violent.
D’abord ce sera comme un réveil brutal, puis ce sera de pire en pire, en plus du temps qui déjà filait, il y aura cette accumulation de ce qui doit être fait qui n’a pas pu être accompli qui doit rattraper le tout, puis il y aura le « on peut pas prendre de vacances », pour rattraper le tout.
Pourrait y avoir, pure spéculation, pendant qu’on se fera engloutir là-dessous, il y aura peut-être les obligations à travailler plus, à payer plus, et tes économies qui ne vaudront plus rien parce qu’il y aura un crack boursier, ou la disparition de l’euro ou que sais-je. La réalité économique, et financière nous couperait l’herbe sous les pieds pendant qu’on lirait nos 65 mails de brassage de vent. Certain.e.s iront peut-être manifester pour donner l’occasion à nos deniers d’avoir bien été dépensés en LBD (que de rimes)… je sais pas…

Mais je n’ai jamais douté qu’il y aurait un après identique en pire, je n’ai jamais douté que mes voisins allaient continuer la construction de leur piscine, que mes copains attendraient de pouvoir programmer leurs vacances aux Seychelles, que tout serait comme avant, en pire.

Mes 65 mails, c’est juste une avant-tempête, un échauffement.

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