Construire collectivement une pensée individuelle…enfin presque :)

La Culture

J’ai balancé “j’aime pas Andy Warhol, je trouve que c’est un artiste qui, sous couvert de dénoncer le capitalisme, s’en arrange très bien à son propre bénéfice. C’est un imposteur, un excellent communicant, un type hyper fashion, mais il n’a pas une once d’antilibéralisme. Si il était antilibéral, il aurait pas vendu ses œuvres, ils les aurait données”.

J’ai aussi dit que je n’aimais pas la peinture cubiste de Picasso, pas pour les mêmes raisons bien sûr…
Andy Warhol me fout la haine, c’est presque personnel, ça fait partie des gens qui détruisent les idéaux, comme Cohn-Bendit… Comme ceux qui se payent des voyages au pôle nord grâce à Greenpeace.

Et je ne me sens pas illégitime, je ne m’excuses pas de ne pas avoir “assez de références, assez de connaissances”…
A. dit que c’est grâce à mon gros bagage de cultureuse.

Je souhaite être irrévérencieuse, c’est la garantie d’une certaine liberté.
Les étiquettes que l’on peut facilement dissoudre sous le jet du robinet… Je souhaite faire ainsi, leur ôter leur pedigree, leurs labels qualité.

Et Proust aussi qui me fait chier.
A propos duquel, dans un demi-sommeil (décidément ce sommeil qui vous prends quand on lit…), me vient une révélation quasi mystique ” mais c’est une commère ! “: et puis les jolies porcelaines de machin, la jolie robe de bidule, et les bibelots dans le hall d’entrée… Comme des rubans et des fanfreluches de vieille rombière. Comme un caniche à qui on a mis des nœuds dans les poils et qui se tient sur le coussin du sofa.
Deux fois j’ai essayé de le lire… Et ces intellectuel.le.s qui vous conseillent de lire Proust en ce moment … et chacun.e d’y aller avec sa grande référence littéraire “c’est le moment de relire Proust” : re-lire, genre tu l’as déjà lu, t’as déjà lu les 2400 pages de “la recherche” (on ne site pas la totalité du titre de l’œuvre dans les milieux, on se contente d’en dire le début).

Je lis Yourcenar en ce moment, ” Les mémoires d’Hadrien “, parce que je le trouve hyper beau (Hadrien, j’ai vu son buste à Rome et il était assez canon)… Je n’ai pas peur de dire que ce roman agit la plupart du temps comme un somnifère – et je ne déteste pas ça, après tout c’est mieux qu’un véritable cachet, il n’y a rien de honteux pour la littérature à remplir une mission parfois fonctionnelle.
Il y des auteurs qui font chier, et pas au sens littéral du terme, d’autres qui vous endorment… Je remercie Marguerite qui le fait avec un certain style, tout en douceur, et c’est tout un art.
Ces belles phrases, ces longues digressions, ces tournures et ces effets de style qui sont comme les rues d’une petite ville moyenâgeuse, tortueuses et étroites, doucement rassurantes, calmement apaisantes.
Le style de Marguerite agit sur moi comme l’architecture des chapelles romanes : parce que j’en connais déjà la parfaite symétrie, parce que leurs ancestrales courbes sont reproduites partout de la même manière, dans tous les coins du globe, elle me rassure. Un peu comme chez Mc Do, on sait que le Big Mac aura le même goût à Mexico ou à Toulouse.
C’est donc entre les bras de ces lignes de la grande littérature française que je peux calmement m’endormir, dans les plis et les couverture de cette culture sans surprise, c’est comme être bercée par la voix de sa grand-mère, la petite prière du soir avant de fermer les yeux, le “notre père”, suivi du “je vous salue Marie” que je connais par cœur et qui est mon préféré.

J’aime la dentelle, la broderie, Jane Austen, Dostoïevski et j’adore Rome. Je suis pleine de cette grande culture, de cette grande littérature. Je me promène souvent en pleine nature avec FIP sur les oreilles, ou quand je n’en ai pas avec le souvenir d’une musique de romans de Flaubert. Ma mère est prof de français, j’ai même une éducation catholique… Mais depuis quelque temps, cette culture des “sachants” me donne la nausée. Je ne peux plus mettre un pied au théâtre sans y voir une mascarade, le mensonge d’une élite. Je doute même parfois de mon propre jugement : est-ce que j’aime un artiste parce que l’école me l’a enseigné ou bien parce que j’ai aiguisé mon propre goût?

Ne plus prendre tout cela pour argent comptant. L’État veille sur vous et votre cerveau, vos connaissances, votre éducation. Les grands de ce monde savent ce qui est bon pour vous. Nous petits devons rester en bas, avec nos petites références, notre ignorance, notre culture populaire, qui parfois aura l’honneur de se voir adoubée par les grands, elle acquerra alors le statut d’artistique.

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