Construire collectivement une pensée individuelle…enfin presque :)

La sobriété moyen heureuse

J’entends des cris de joie et le bruit de l’eau qui éclate sous un plongeon. Mon corps se rappelle instantanément le plaisir de s’immerger dans l’eau quand dehors il fait si chaud. Ma peau en a presque des frissons.

C’est mon voisin qui a une piscine. Je le jalouse à chaque fois que j’entends au loin ses exclamations de bonheur tandis que je suis dans mon jardin entrain de suer à replanter des salades, à tenter de cueillir les restes de cerises dont les oiseaux ou les asticots n’auront pas voulu.

Mon voisin avant de plonger dans sa piscine a tondu sa pelouse, son jardin est coupé au cordeau. Il a planté des palmiers, mis un bassin avec des tortues, un petit moulin et un petit pont autour du bassin. Il a aussi des poules dans une petite cage. Il a une maison dans laquelle il appuie sur un bouton pour fermer ses volets. Tout est électrique chez lui : le chauffage, la cuisinière, le portail d’entrée. Il a même une clim’. Il a une femme, une petite fille, un petit chien, deux voitures presque neuves qu’il change régulièrement.
Lorsque il fait ses courses il va dans une grande surface. Il achète beaucoup de choses chez Amazon, je le sais parce qu’en son absence le livreur me dépose ses colis.

Souvent, quand j’entends sa vie, ses exclamations aquatiques comme aujourd’hui, je déteste ma conscience. Je cherche le mot « heureuse » que certains ont collé après « sobriété ». Non que ma vie soit sobre, à bien des égards elle est d’un luxe inattendu. Mais elle est aussi pleine de ces petits renoncements d’une certaine forme de « confort » moderne en solde.

J’observe tous ces gens qui font enseignement de leur bonheur sobre, je scrute leur sérénité, la bonté feinte derrière la frugalité choisie. Je ne sais pas comment ils font pour ne pas plonger dans la piscine, en sortir pour boire un coca en grignotant des chips goût bacon.

Toute cette sagesse qui les tient éloignés de la vie moderne, des joies instantanées que semblent procurer les volets roulants, la viande en barquette, les biscuits apéro, les sodas, les voitures à gros moteur, les aspirateurs autonomes, la clim’ réversible, le drive chez Mac Do, les barbecues tous les WE, les vols low coast.

Toute cette facile quotidienneté, ce bonheur dispendieux et insouciant. Cette tranquillité d’esprit que procure une vie sans « prise de conscience », sans culpabilité, une vie toute vouée à l’hédonisme. Une vie qui prends ce qu’il est possible de prendre, qui profite des promos, des sites internet qui cassent les prix, sans restriction, qui ne se demande pas d’où vient la viande qu’elle mange, quelles sont les conséquence de ses multiples voyages en avion, de l’exploitation des minerais rares pour fabriquer son smartphone, du nombre de mètres carrés dont une poule a besoin pour vivre dans de bonnes conditions.

J’ai parfois le fantasme d’une vie dans laquelle je ne me poserais pas toutes ces questions, dans laquelle l’acte de consommer serait un acte simple, dans laquelle je pourrais construire une piscine si j’ai envie d’en construire une, m’acheter un smartphone neuf si le mien ne me plaît plus, aller faire mes courses dans une grande surface où je pourrais acheter légumes, pain, chocolat, plants de tomate et livres, si j’ai envie de lire, des livres simples, pas prise de tête, des histoires d’amour ou bien des livres sur le développement personnel qui me donneraient l’impression d’être remplie de cette sagesses que j’ai vue à la télé sur le visage d’une femme qui avait tout plaqué pour vivre dans la nature et faire du yoga, qui avait l’air de sentir bon.

Je me console avec la couleuvre qui a élu domicile sous les herbes hautes de mon jardin non tondu. Avec aussi l’espoir du passage d’animaux indociles là où des herbes ont été courbées.

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