Construire collectivement une pensée individuelle…enfin presque :)

S’adapter ?

Je vais faire quelques courses dans Carbonne avec mon autorisation… qui est restée dans la voiture.
C’est vide, c’est vide, mais vide!… c’est calme… c’est presque désert…
Je me demande si en fait il ne s’agît pas d’une grève générale clandestine… Tout est arrêté, ça y est ,on y est ?
Faut que je me calme…

Au Leader Price faire les courses.
La dernière fois, j’ai repéré un vigile planté là à l’entrée, nous n’étions que quelques personnes dans le magasin et je sentais son regard sur chacun de nous… Pas un regard dur, non, un regard neutre, un regard de pro.
C’est la première fois, depuis presque 20 ans que je fréquente ce magasin que je vois un vigile.
En sortant je lui demande si ça va, si c’est pas trop pénible d’être là comme ça ?
– Non pourquoi ?
– Je sais pas mais c’est pas évident comme situation…
– Ha ,mais faut s’adapter !
– S’adapter ?
– Oui parce que “qui s’adapte domine”.
Je le remercie pour cette pensée, et je pars.

Cette fois il est toujours là, même attitude bienveillante et musclée… Je viens vers lui, je lui dit que j’ai réfléchi à “qui s’adapte domine” nous échangeons quelques mots… Il est souriant, aimable, tout en respectant la distance de sécurité.
– Mais vous avez une école de pensée, ou quelque chose comme ça ?
– Ha non pas du tout, j’ai appris ça à l’armée.
– A l’armée ?
– Oui c’est la première chose qu’on apprends, et c’est indispensable si on veut survivre.
– Ha…
– J’étais dans les forces spéciales, j’ai fait l’Irak, l’Afghanistan…
Il m’en cite une troisième que j’ai oublié.
– Oui mais s’adapter, ça dépend “à quoi”… ?
– Comment ?
– Ben, si on s’adapte à une société… pathogène… ?
– Pardon?
– Une société malade ?
– D’autant plus… il faut toujours s’adapter…
J’ai beau essayer de contre-argumenter, il revient toujours avec une logique implacable sur l’adaptation…
Il reste d’une bienveillance, d’un calme, avec un sourire…
– Je vous remercie…
Je le salue et mets fin à la conversation…
Après avoir touché les sommets de la philosophie, me voilà poussant mon chariot comme un con en respectant les distances quand les autres dans le magasin le font très approximativement…
Oui, je m’adapte…
Le mec a fait l’Irak, l’Afghanistan et il fait le planton dans une supérette.
Je me dis que si j’avais le temps, l’énergie… j’aimerais recueillir son histoire. Il doit avoir de quoi raconter… Bon… Le sucre roux, ils l’ont mis où…?

Arrivé à la caisse, et après avoir respecté les scotch au sol, je discute avec la caissière… On commence à se connaître… Je suis en admiration envers elle : sa gentillesse permanente, inusable… Quand je lui avais fait remarqué, elle m’avait dit qu’avec son mari c’était pas vraiment le cas…
Pendant qu’elle enregistre les croquettes, elle me lance, “et les chats, ils vont bien?”, je suis un peu désorienté par la question, et tout en continuant à charger les sacs, je lui lance :
– Les chats, ce sont en fait des œuvres d’art…
– Hein ?
– Ben oui les chats, c’est de l’art
– Ah, je dirais ça à mon mari quand il me dit, “ils font chier tes chats”…
Auparavant on aura parlé du masque, des sur-lunettes, et des gants qu’elle porte.
Elle me dit, j’ai eu du mal, maintenant ça va… ça me faisait peur, mais maintenant j’y pense plus…

S’adapter ?

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